Je vais reprendre ce blog qui semble n'intéresser que moi. J'ai rencontré tant de gens que je ne voudrais pas oublier. Et pour commencer en 2003, l'année où 15 000 personnes âgées sont mortes en deux mois en France : l'été de la canicule. Plus personne ne venait à mes cours qui avaient lieu en début d'après-midi. Moi, je me sentais engagée vizs-à-vis de l'association ; j'étais toujours présente. Il y avait aussi une élève qui continuait à venir très régulièrement, la plupart du temps accompagnée de son petit frère. Lui restait invariablement les yeux baissés, silencieux pendant toute la durée du cours. Avec elle j'avais commencé en anglais et elle progressait rapidement. Elle avait commencé des études à Moscou. Ils étaient tchétchènes. Avec eux parfois,un couple de Russes dont le mari m'avait remis le catalogue de la dernière exposition de peinture qu'il avait faite avant de quitter le pays, toute une gamme des styles très différents représentant les tendances des travaux qu'on avait vus en Europe et aux USA ces dernières années. Il arrivait à faire de bonnes imitations mais pas d'inspiration personnelle. Les jours de grève des transports il venait avec sa femme et leur fils un adolescent en patins à roulette du fin fond de la banlieue est où on les avait casés dans un hôtel social avec la promesse qu'on examinerait leur dossier de demande d'asile. Ils étaient sympa eux aussi. Pas de problèmes à propos de la Tchétchénie.
La jeune fille tchétchène aurait pu passer pour élégante.Les femmes tchéchènes peuvent être extrèmement élégantes avec trois fois rien. C'est d'ailleurs cette même jeune fille qui m'a donné plus tard l'explication de ce mystère : comment être aussi chic quand on arrive de la campagne d'un pays dévasté par la guerre. Si, moi qui ne prend jamais aucune note, je peux dater très exactement l'époque où je l'ai où je l'ai rencontrée, C'est à cause d'un petit détail vrai. Un jour, sans le faire exprès, j'ai fait tomber mon stylo sous mon bureau. Je me suis penchée pour le ramasser et ainsi j'ai vu les jambes de la jeune fille assise juste en face de moi.Elle portait des bas blancs en mousse. Porter des bas épais par une température qui ne descendait plus depuis de longs jours et de longues nuits en dessous de 35° ! Je n'en croyais pas mes yeux et je lui ai demandé pourquoi elle portait des bas par cette chaleur. Elle n'a pas cillé, elle n'a pas rougi ni marqué aucun embarras. Elle portait des bas, voilà tout. Après coup je me suis ouvenue qu'elle était musulmane et donc qu'elle respectait des règles rigoureuse que la culture européenne ne soupçonne pas.
jeudi 18 septembre 2008
mardi 19 août 2008
Un enfer
Mon père fut arrêté le 10.04.1991 et exécuté le 14.10.1991.
Notre vie devint un enfer. Je me suis marié et j'ai essayé de maintenir en vie l'entreprise de mon père. En 2000 on m'a confié la construction d'une maison pour un membre du gouvernement. Les travaux ont duré un an et, à la fin, on a refusé de me payer mon dû, une somme importante dans un Irak sous embargo, en pleine pénurie.
Ma plainte auprès de la police fut vaine. Ma plainte auprès du parti fut vaine également.
Durant les travaux on m'avait invité à des soirées de beuveries et il était arrivé, lorsque l'alcool avait fait son effet, que je me laisse aller à exprimer ma révolte contre le gouvernement, un clan qui avait transformé un pays immensément riche en un peuple de mendiants et de miséreux pendant que certains vivaient dans l'opulence la plus arrogante. Je ne savais pas que j'étais alors filmé. Les cassettes ont été remises aux autorités et je fus arrêté et transféré au cachot Abu Gurair sur la route Al Ramadi.
Dans ce cachot, j'ai été torturé quotidiennement du matin au soir, pendu par les pieds à une fenêtre, et frappé sur le dos,les jambes, et les rotules avec une matraque en métal. De ces séances de torture j'ai gardé d'importanes séquelles. Je fus transféré à l'hôpital en face du musée de Baghdad. A nouveau je portais plainte et menacé s'une nouvelle arrestation, je me suis caché au domicile d'un ami. Les hommes de la Sécurité Intérieure débarquèrent chez moi passèrent ma femme à tabac. Nousdécidâmes de fuir l'Irak. J'ai tout abandonné en Irak : ma maison, mon entreprise, mes machines et outils, et je me suis enfui avec ma femme pour Istamboul.
Notre vie devint un enfer. Je me suis marié et j'ai essayé de maintenir en vie l'entreprise de mon père. En 2000 on m'a confié la construction d'une maison pour un membre du gouvernement. Les travaux ont duré un an et, à la fin, on a refusé de me payer mon dû, une somme importante dans un Irak sous embargo, en pleine pénurie.
Ma plainte auprès de la police fut vaine. Ma plainte auprès du parti fut vaine également.
Durant les travaux on m'avait invité à des soirées de beuveries et il était arrivé, lorsque l'alcool avait fait son effet, que je me laisse aller à exprimer ma révolte contre le gouvernement, un clan qui avait transformé un pays immensément riche en un peuple de mendiants et de miséreux pendant que certains vivaient dans l'opulence la plus arrogante. Je ne savais pas que j'étais alors filmé. Les cassettes ont été remises aux autorités et je fus arrêté et transféré au cachot Abu Gurair sur la route Al Ramadi.
Dans ce cachot, j'ai été torturé quotidiennement du matin au soir, pendu par les pieds à une fenêtre, et frappé sur le dos,les jambes, et les rotules avec une matraque en métal. De ces séances de torture j'ai gardé d'importanes séquelles. Je fus transféré à l'hôpital en face du musée de Baghdad. A nouveau je portais plainte et menacé s'une nouvelle arrestation, je me suis caché au domicile d'un ami. Les hommes de la Sécurité Intérieure débarquèrent chez moi passèrent ma femme à tabac. Nousdécidâmes de fuir l'Irak. J'ai tout abandonné en Irak : ma maison, mon entreprise, mes machines et outils, et je me suis enfui avec ma femme pour Istamboul.
vendredi 15 août 2008
Dimanche après-midi devant la préfecture de Nanterre
Les trois hommes qui attendaient devant la porte étaient des parents du garçon aux yeux de velours qui m'avait demandé de venir de toute urgence car il n'avait personne à Paris pour s'occuper de lui trouver un avocat. L'histoire qu'ils m'ont racontée en attendant que ce soit à leur tour de pénétrer dans le bâtiment ne m'a pas vraiment étonnée Ils en voulaient tout particulièrement au garçon parce qu'il ferait le désespoir de son père déjà âgé s'il venaità apprendre comment son fils vivait en France. Sa mère aussi aurait bien du chagrin. Sa mère, grâce à Dieu était bien vivante. En fait trois jours auparavant T. avait été rattrapé par des gens à qui il avait escroqué des sommes importantes contre la promesse de papiers en règle et d'un travail.Ils l'avaient tabassé et ils étaient en train de l'embarquer dans le coffre d'une voiture pour on ne sait quelle destination quand des passants, voyant la scène, avaient alerté la police. Finalement, qu'il soit renvoyé au pays, c'était mieux pour tout le monde.
Quand les oncle et le cousins sont partis, j'ai pu le voir. Ma visite a duré cinq minutes. Je lui ai conseillé de travailler dans le tourisme une fois retourné dans son beau pays.
Quand les oncle et le cousins sont partis, j'ai pu le voir. Ma visite a duré cinq minutes. Je lui ai conseillé de travailler dans le tourisme une fois retourné dans son beau pays.
mercredi 13 août 2008
J'ai besoin...
C'est la lettre de Joan qui voulait de l'argent.
"J'ai besoin d'une carte de téléphone, parce que je veux téléphoner à mon ancien patron qui m'a promis du travail. J'en ai assez de rester sans travailler et d'habiter un squat. J'aimerais avoir une carte pour circuler car j'habite en banlieue et je dois toujours aller à pied. Quand j'aurai du travail, je serai content. Joan"
"J'ai besoin d'une carte de téléphone, parce que je veux téléphoner à mon ancien patron qui m'a promis du travail. J'en ai assez de rester sans travailler et d'habiter un squat. J'aimerais avoir une carte pour circuler car j'habite en banlieue et je dois toujours aller à pied. Quand j'aurai du travail, je serai content. Joan"
dimanche 20 juillet 2008
Très bien
Il y a un mois j'ai pour la première fois rendu visite à un élève dans un centre de rétention. Il allait être expulsé vers son pays d'origine et il voulait que je lui conseille un avocat pour défendre sa cause. Il était venu cinq ou six ans auparavant sur un petit bateau qui transportait les candidats à l'exil des côtes du Maroc vers les Canaries. Il montrait avec fierté un foulard bleu comme la marque de son identité "rebelle du désert".Depuis ce voyage il était pris d'une grande terreur devant toute étendue d'eau, fût-elle l'eau d'une piscine. Il m'avait montré ses mains couvertes d'ampoules, trop fines pour travailler dans le bâtiment. Il m'avait annoncé la mort de sa mère. Il écrivait des poésies, connaissait bien les chansons à la mode aujourd'hui dans le monde arabe. Il voyageait parfois tantôt du côté de Marseille, tantôt vers l'Espagne. Il me tenait au courant de sa vie,me montrait sur son téléphone portable les photos des filles avec lesquelles il sortait. Il avait même habité un appartement près de la Défense. Il faisait des affaires,à ce qu'il disait avec de l'argent saoudien et celui qu'envoyait son père. D'abord un adolescent gracieux pui un entrepreneur tiré à quatre épingles avec cheveux gominés et lunettes noires.
A la porte de la préfecture de Nanterre où il était retenu dans l'atente d'un jugement, j'ai rencontré pour la première fois ses oncles qui l'avaient hébergé au début. Ouvriers depuis des décennies dans la banlieue nord, ils voyaient les choses tout autrement
A la porte de la préfecture de Nanterre où il était retenu dans l'atente d'un jugement, j'ai rencontré pour la première fois ses oncles qui l'avaient hébergé au début. Ouvriers depuis des décennies dans la banlieue nord, ils voyaient les choses tout autrement
samedi 19 juillet 2008
Sans papiers -2
Pour la nourriture ce que je considère le plus important de tout, je mange une fois par jour. Le reste, comme petit déjeuner et le repas de midi, je m'en passe. Seulement quelquefois je prends une tasse de thé ou de café. A 20 heures, je rejoins un groupe d'amis lorsqu'ils prennent leur repas collectif. Chaque jour je pleure dans mon for intérieur.
La frustration peur vous conduire à n'importe quoi. J'avais un ami, compatriote qui s'est suicidé à Riquet, il y a quelques mois en sautant d'un immeuble de douze étages. Il me disait que la seule solution à notre condition difficile, c'est la mort. Je lui ai répondu de garder courage. Il a décidé de réaliser son plan sans parler à personne. Quand j'ai entendu la nouvelle, je ne pouvais pas le croire.J'ai réfléchi profondément et je me suis dit que le mal ne pouvait triompher sur le bien. J'ai prié pour lui en espérant de tout mon coeur qu'il soit au paradis.
La frustration peur vous conduire à n'importe quoi. J'avais un ami, compatriote qui s'est suicidé à Riquet, il y a quelques mois en sautant d'un immeuble de douze étages. Il me disait que la seule solution à notre condition difficile, c'est la mort. Je lui ai répondu de garder courage. Il a décidé de réaliser son plan sans parler à personne. Quand j'ai entendu la nouvelle, je ne pouvais pas le croire.J'ai réfléchi profondément et je me suis dit que le mal ne pouvait triompher sur le bien. J'ai prié pour lui en espérant de tout mon coeur qu'il soit au paradis.
lundi 14 juillet 2008
Sans papiers - 1
Il y a onze ans une homme venu d'Afrique demandait un titre de séjour en France en qualité de réfugié politique et bien qu'à l'époque plus de la moitié des personnes qui avaient déposé un dossier pour obtenir des papiers aient été régularisées, à ma connaissance, lui n'avait pas obtenu satisfaction. Pourtant il venait régulièrement porte de Clignancourt dans le centre d'accueil créé dans l'urgence à la suite des événéments de l'église Saint-Bernard. Voici ce qu'il écrivait en attendant que sa demande soit examinée :
"Sans papiers" qu'est-ce que ça veut dire ?
Les "Sans papiers" sont les victimes de guerres et de persécutions. La plupart d'entre eux ont quitté leur chez-eux pour chercher refuge, pour sauver leur vie. Depuis mon enfance et tout pendant mon adolescence à la floraison de ma maturité, je n'ai jamais pensé quitté ma famille, mes amis, mes voisins et tout ce qui m'était le plus cher. Chaque fois que j'ai des idées lumineuses, des souvenirs de chez moi, des larmes tombent, simplement à cause de la condition dans laquelle je vis - chagrin et solitude. Le chagrin est une souffrance qu'aucun docteur ne peut soulager."
"Sans papiers" qu'est-ce que ça veut dire ?
Les "Sans papiers" sont les victimes de guerres et de persécutions. La plupart d'entre eux ont quitté leur chez-eux pour chercher refuge, pour sauver leur vie. Depuis mon enfance et tout pendant mon adolescence à la floraison de ma maturité, je n'ai jamais pensé quitté ma famille, mes amis, mes voisins et tout ce qui m'était le plus cher. Chaque fois que j'ai des idées lumineuses, des souvenirs de chez moi, des larmes tombent, simplement à cause de la condition dans laquelle je vis - chagrin et solitude. Le chagrin est une souffrance qu'aucun docteur ne peut soulager."
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