mercredi 28 mai 2008

Fatima

J'apprends parfois des choses que je préférerais ne pas savoir। Quand je veux engager la conversation avec les élèves, j'emploie parfois de vieux trucs du temps où j'étais prof en collège et je raconte des histoires comme celle des vieux époux qui avaient été les seuls dans leur village à ouvrir leur porte à une mendiante à l'aspect repoussant। Il s'agissait en réalité d'une fée qui pour les remercier de leur hospitalité leur avait promis d'exaucer les trois premiers voeux qu'ils formuleraient. Alors la vieille dame qui était très pauvre avait souhaité voir apparaître sur leur table un bon plat de soupe avec de la saucisse. Son mari, furieux souhaita que la saucisse aille se suspendre au nez de la malheureuse épouse qui avait parlé sans réfléchir.Alors ils reconnaissent tous deux leurs erreurs et emploi le dernier voeu à débarrasser la pauvre femme de cet appendice incongru. Je demande toujours aux gens, après avoir bien expliqué cette histoire ce qu'ils auraient souhaité s'ils avaient été à la place du couple généreux. En général les gens souhaitent une belle voiture, ou une maison. Ce jour-là je n'avais que deux élèves : une femme encore jeune qui portait sur la tête un petit foulard noué par derrière, très seyant, et sa fille qui avait dans les quinze ans. La mère n'arriva pas à formuler la moindre demande. Quant à la fille, elle n'avait qu'un seul souhait : elle voulait un fils. D'abord j'ai cru que j'avais mal compris sa réponse ou qu'elle avait mal compris ma question et je me suis lancée dans une grande explication sur le vocabulaire de la famille. A la fin Fatima n'avait pas changé sa réponse elle s'est contentée de dire avec un certain flegme que c'était bien un fils qu'elle voulait. J'ai laissé tomber et je suis passée à autre chose. A la fin du cours, Fatima s'est approchée de mon bureau et m'a dit qu'autrefois elle avait des frères. Ils avaient tous été tués pendant les événements dans son pays. Ce qu'elle souhaitait, c'était un fils pour sa mère.J'ai entendu rapporter l'histoire d'une femme habitant Grozny,interrogée par l'armée d'occupation qui avait fait assassiner devant elle l'un après l'autre tous ses fils. Elle n'avait pas parlé. Cette dame est venue un jour à mon cours; Elle parlait un excellent français. Elle n'avait pas besoin de cours

2 commentaires:

Amparo a dit…

Bel histoire, cruel réalité.

aggrada a dit…

Belle histoire, cruelle réalité.