dimanche 8 juin 2008

Le cirque

Un beau matin j'ai trouvé vingt-cinq nouveaux dans ma salle de classe, là où d'habitude on travaille avec cinq ou six élèves au maximum. Je leur ai dit qu'ils pouvaient tous rester. Ils ne comprenaient pas grand-chose à ce que je disais. Ils n'avaient pas dormi de la nuit mais là, dans cette salle de classe, ils pouvaient rester tranquillement assis tous ensemble avec un toit sur la tête. Ils étaient tous jeunes. Leur patron avait gardé leur passeports et leurs costumes et les avait abandonnés sans aucune ressource. Ils travaillaient dans un cirque venu d'Ethiopie pour une tournée en Europe.Seul un des plus ägés, vingt-cinq ans environ parlait un peu anglais.Le jour d'après ils étaient moins nombreux. Ils avaient trouvé un lieu d'hébergement et beaucoup y étaient restés pour se reposer. Dans la semaine qui a suivi, ils ont repris leur entraînement dans les locaux prêtés par un théâtre. Ils ont continué à venir aux cours mais ils ne progressaient pas. J'avais l'impression qu'ils veanaient au cours pour se reposer et j'ai commencé à me sentir coupable. Je les ai engueulés : "Comment ? Qu'est-ce qu'ils allaient devenir ? Ils ne retourneraient peut-être jamais dans leur pays. Comment ils se débrouilleraient s'ils ne connaissaient pas un minimum de français ?" Ils restaient tous silencieux et je me disais que ça servait à rien que je crie puisqu'ils ne comprenaient pas. Alors l'un d'entre eux s'est levé et sans élan - la classe était petite - il a exécuté un saut arrière impeccable puis il est retourné s'asseoir, toujours sans rien dire. J'avais compris. J'ai continué mon cours; Je leur ai fichu la paix. Ils étaient vraiment sympa. Il paraît que par la suite ils se sont bien débrouilés. Ca va pour eux maintenant.

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