jeudi 12 juin 2008

Nadia de Tchétchénie

Je revois Nadedja le jour où elle est arrivée, avec son tailleur de tweed élimé, et des dents qui manquaient. Elle avait été professeur à Grozny; elle a su tout de suite conjuguer le verbe "être". A ce même cours, d'autres femmes russes qui avaient travaillé dans une fabrique de chaussures au sud de Moscou avaient plus de difficultés. J'ai demandé au seul monsieur présent, qui restait sans rien dire si la langue tchétchène ressemblait au russe. Je n'étais pas au courant de ce qui se passait dans ces pays lointains. Non, il ne pouvait pas répondre ; il ne connaissait pas le tchétchène ou alors pas beaucoup. Bien sûr il avait peut-être entendu cette langue il y a longtemps, quand il était enfant, à la campagne. Il avait l'air gêné. C'était le mari de Nadedja. Par la suite il n'est plus venu au cours. Sa femme non plus. Je lui avais donné un livre d'exercices. Elle a dû se débrouiller toute seule. Celle qui venait régulièrement, c'était Z. une de leurs filles. Très belle, très brune, taciturne. Posant sur les vaines agitations du monde un regard qui semblait ignorer la pitié. Quand sa soeur plus âgée, bien vêtue, bien maquillée, Malika, est arrivée de Moscou, je me suis aperçue que je m'étais jamais posé la question de la religion. Eux non plus, d'ailleurs je ne pense pas que la religion ait été leur première préoccupation.

Aujourd'hui Nadedja, Nadia, porte un jean comme tout le monde. Elle est comptable. Ses filles sont casées, mariées avec des Français ou avec des jobs bien payés.

Seul le mari se plaint qu'on ait démocratisé la famille. Depuis qu'il est en France, il reste à la maison. Il fait la cuisine. Parfois il sort un peu, regarder les gens qui jouent aux boules sur la place. Il lui arrive même de pousser jusqu'à la bibliothèque municipale. Il a du mal à parler français. Ca vient petit à petit.

Aucun commentaire: