mercredi 18 juin 2008
Taïeb
On était tranquillement réunis autour de la table pour étudier le français, l'atmosphère était chaleureuse, presque familiale. une seule fille parmi les présents mais elle faisait le poids. Une grande et grosse Polonaise rieuse. Quand elle se présentait, s'il y avait un nouveau, elle annonçait toujours en premeir qu'elle était mariée. On devait être en train d'expliquer un texte et je ne sais plus à propos de quoi, un jeune Algérien fraîchement débarqué a cru se rendre intéressant en disant : "C'est la faute aux Juifs". Je lui ai fait répéter une deuxième fois cette violente affirmation pour être sûre d'avoir bien entendu et, comme il confirmait : "Ah ! Ah ! lui ai-je dit, et ils ont fait quoi les Juifs, pour mériter une pareille accusation ?". Il était assis en face de moi. Il nous a tous regardés rapidement les uns après les autres, comme pour évaluer l'effet produit. tout le monde continuait à regarder sa feuille sans manifester d'opinion. Il a continué avec l'air de celui qui s'adrese à des débiles : tout le monde sait bien que si on fait tant de reproches aux Juifs, c'est qu'il y a des raisons. Alors moi, hardiment, je lui ai demandé s'il était bien sûr que je n'étais pas juive, moi qui donne des cours de français gratuits aux sans-papiers et à lui par exemple. Il n'en savait rien après tout. C'est alors qu'un nouveau assis à ma gauche a pris la parole et a articulé laborieusement et calmement un petit discours comme quoi lui, Palestinien du nord de la bande de Gaza, réfugié politique, il avait appris l'hébreu à l'école pour parler avec les Israéliens qui habitaient près de chez lui, qui étaient des gens comme lui. Tout le monde l'a écouté. Personne n'a repris la parole sur ce sujet et on en est revenu à des considérations plus proprement scolaires. C'était un moment rare où on mesure le boulot qui reste à faire pour que les gens arrêtent de se laisser manipuler comme de pauvres idiots par les petits malins qui exploitent leur ignorance, les envoyant en première ligne pour le plus grand profit d'une petite minorité.Aujourd'hui TaÏeb, ça va. Il a un bon job dans le bâtiment. Bien sûr il ne peut pas rentrer au pays. Il voit ses parents que par internet et encore quand il n'y a pas de coupure d'électricité. Il n'est jamais sûr qu'il y ait assez d'électricité pour le frigo, les hôpitaux et internet dans la bande de Gaza. Mais, bon...ça va. C'est un pays où il y a toujours eu des guerres. Il envoie de l'argent à son père, ça va.
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