vendredi 6 juin 2008
une Algérienne à Paris
Elle aussi, elle croyait qu'elle pourrait apprendre à lire en quelques jours comme on prend des antibiotiques pour soigner une grippe. Mais elle n'apprend pas. Elle a la tête ailleurs. Elle pense aux heures, aux mois, aux années qu'elle a passés à Alger à broder du linge pour la tante qui l'avait recueillie. Aujourd'hui elle est ici, elle n'a plus rien. Là-bas, ils ont tout gardé. De son travail il ne reste rien et elle, elle est restée bloquée quelque part dans le passé. Elle ne sait pas négocier un pardon ou une haine qui la libérerait. On peut comprendre. Là bas on lui volait le fruit de son travail mais son travail avait un sens. Ici en France son savoir-faire n'est pas reconnu. Personne ne brode plus les chemises et les draps. Ca sert à quoi de faire l'effort de travailler, d'apprendre, d'écrire ? A quoi ça lui a servi de savoir broder ? Pour qui, pourquoi faire un effort. Elle sait bien qu'elle n'arrivera à rien.
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